The Witcher – Saison 1

  • Une série : Médiéval Fantastique
  • Sortie sur Netflix le : 20 décembre 2019
  • Adaptée de : la saga littéraire Le Sorceleur d’Andrej Sapkowski
  • Dirigé par : Lauren Schmidt Hissrich
  • Avec au casting : Henri Cavill, Freya Allan, Anya Chalotra, Joey Batey et Anna Shaffer
  • L’histoire : Geralt de Riv est un sorceleur, un guerrier mutant spécialisé dans la chasse aux monstres. À travers ses aventures, il se bat pour se faire une place dans un monde où les humains s’avèrent parfois plus vicieux que les bêtes qu’il traque. Le destin va cependant l’amener à croiser la route de la magicienne Yennefer de Vengerberg et de Cirilla, le Lionceau de Cintra.

Dès son annonce en 2017, j’étais assez craintif vis-à-vis du projet visant à adapter en série La Saga du Sorceleur d’Andrej Sapkowski. Chose qui ne s’arrangea pas lorsque les premières informations sur le casting et surtout les premières images furent publiées. Pourtant, suite au dernier trailer annonçant la diffusion de la série durant le mois de décembre 2019, j’ai été convaincu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

Fidèle aux romans, fidèle à l’univers

Dès le début du projet, le message était assez clair : adapter fidèlement les romans pour le petit écran. Oubliez donc les jeux de CD Projekt Red et c’est tant mieux. Non seulement ils se suffisent à eux-mêmes, mais surtout ce sont des suites non canoniques, car non reconnues comme telles par l’auteur de la saga.

Restait donc à voir comment la première saison allait être écrite, notamment comment l’univers et les personnages de The Witcher allaient nous être présentés. Avant le visionnage de la série, j’avais déjà ma petite idée et au final c’est à peu près ce à quoi j’avais pensé. Ainsi, cette première saison reprend principalement les deux premiers tomes des huit romans de la saga, qui ne sont composés que de nouvelles plus ou moins liées les unes aux autres. L’avantage est bien entendu que chacune des nouvelles peut constituer un épisode à part entière, tout en permettant de présenter l’univers de The Witcher ainsi que les différents personnages qui seront importants pour la suite de l’aventure.

Quelques modifications pas désagréables

Bien entendu, qui dit adaptation dit forcément modification de l’œuvre originale, afin de mieux correspondre aux nécessités du média choisi. Pour autant, il y a toujours un risque que ces changements soient incohérents ou s’insèrent mal dans l’univers. Heureusement Andrej Sapkowski veille, car présent en tant que consultant pour la série. Il est alors guère étonnant de constater que le pari est amplement réussi, que ce soit dans la fidélité avec l’histoire et les personnages, que dans le ton résolument adulte de l’univers.

Ainsi, cette première saison regorge de petits détails qui ont été modifiés, sans pour autant nuire à l’ensemble de l’œuvre originale. Je pense notamment au combat contre le djinn, qui prend place dans une demeure isolée, et non dans un bâtiment au milieu du village.

Mais c’est surtout le passé de Yennefer qui est le plus gros et le plus intéressant ajout de la série. Certes, dans les romans on le connaît déjà un petit peu, mais jamais en détail. Désormais, nous connaissons donc beaucoup mieux ce qu’à vécu Yennefer, de son recrutement et son éducation alors qu’elle était encore bossue, jusqu’à sa rencontre avec Geralt, en passant par sa transformation physique et sa désillusion vis-à-vis de sa vie de magicienne à la cour d’Aedirn. Une adjonction d’autant plus réussite, que tout cela concorde parfaitement avec le ton de cet univers.

Je rappelle que le monde dépeint dans The Witcher n’est pas franchement des plus merveilleux, sans pour autant être exagérément violent. Certes, il y a des elfes, des magiciens, des chevaliers, des nains, des dragons, des créatures magiques et bien entendu des monstres, mais tous évoluent dans un monde complexe dans lequel la frontière entre le bien et le mal est ténue. Même Geralt, qui tente pourtant de rester neutre, ne peut parfois pas s’empêcher d’agir, prenant ainsi position, quitte à devoir en assumer les conséquences, comme être surnommé « Le Boucher de Blaviken ».

Au passage, j’en profite pour parler un peu des combats à l’épée, bien chorégraphiés et surtout crédibles. De plus, sans pour autant être aussi acrobatique qu’on aurait pu l’imaginer, la façon de manier l’épée de Geralt se démarque suffisamment pour faire de lui un épéiste accompli, mais aussi différent des autres.

Des personnages réussis

Par ailleurs, les personnages sont tout aussi réussis et respectés, n’en déplaise aux fans de la saga vidéoludique qui ne semblent pas forcément avoir apprécié que Triss Merigold ne soit pas physiquement semblable à celle des jeux. Mais est-ce vraiment important, tant que le personnage lui est fidèle ? Autant j’ai eu des doutes lorsque les créateurs de la série avaient annoncé vouloir caster une jeune fille asiatique pour incarner Ciri, autant le choix de brasser un peu les races, notamment au sein de la confrérie des mages, s’avère être une idée plutôt juste.

Et justement, en ce qui concerne Cirilla, bien qu’il soit très clair que l’actrice soit plus âgée que ne devrait être le personnage, cela fonctionne pourtant malgré tout. Quand bien même, il me semble que Ciri n’était pas aussi « puissante » dès sa fuite de Cintra.

Henri Cavill de son côté est tout à fait convaincant en Geralt de Riv, tout du moins dans la version originale, avec une voix un peu transformée pour mieux correspondre au personnage dur et solitaire, limite sauvage, qu’il est censé être. Dommage que ce ne soit pas le cas pour la version française, avec le doubleur habituel de l’acteur, mais sans la voix modifiée.

Enfin, comment ne pas parler de Jaskier, mon personnage préféré. Sous ses airs de joyeux lurons et de coureur de jupons se cache un personnage bien plus intelligent et intéressant qu’il n’y parait. Et dès son apparition dans le second épisode, l’acteur tout autant que le personnage fait mouche. Certes, ce n’est pas au début de la saga que l’on découvre tout ce qui fait qu’il s’agit, selon moi, du personnage le mieux écrit dans les romans. Mais on sent déjà chez lui qu’il est l’exact opposé de Geralt. Le loup blanc est en effet un excellent combattant doublé d’un expert en monstre, mais pour ce qu’il est des relations humaines, du fait notamment de son tempérament solitaire, c’est zéro. Alors que Jaskier est au contraire un véritable expert dans ce domaine, à force de voyager de villes en villages.

The songs of the Witcher

Et tant que j’en suis à évoquer Jaskier, j’en profite pour signaler que les musiques, et surtout les chansons, de la série sont tout bonnement excellentes ! Pas étonnant si la chanson « Toss a coin to your Witcher » créé et chanté par Jaskier, est autant marqué les spectateurs, au point peut-être d’agacer leurs proches à force de la fredonner. À noter au passage que la version française s’en sort plutôt bien également. Néanmoins, je lui préfère la chanson « Song of the White Wolf », que l’on découvre à la fin de la série.

Une chronologie bordélique

Hélas, ce qui aurait pu être une adaptation quasi parfaite des deux premiers tomes de l’œuvre d’Andrej Sapkowski est entaché d’un gros défaut ! En effet, la showrunner de la série, Lauren Schmidt Hissrich, a fait le choix d’une structure narrative à la chronologie croisée.

Pour ceux qui, comme moi, ont lu les huit tomes de La Saga du Sorceleur, ils comprendront bien vite de quoi il en retourne et remettront tout dans l’ordre dans leur tête, au plus tard à partir du troisième épisode. Car c’est à partir de là que l’on comprend clairement que les différentes histoires qui nous sont racontées ne sont pas sur la même ligne temporelle.

Pour les spectateurs qui se seraient sentis totalement perdus, je leur conseille tout d’abord de lire les romans. Ensuite, voici un petit éclaircissement :
– la chute de Cintra et la fuite de Cirilla font partie du temps « présent » ;
– jusqu’à sa rencontre avec Ciri à la fin de la série, les aventures de Geralt prennent place avant ;
– la genèse de Yennefer, et ce jusqu’à sa rencontre avec Geralt, se passe plusieurs années avant les aventures du sorceleur.

Cela tout le monde devrait l’avoir normalement compris même sans avoir lu les livres. Cependant, il n’en demeure pas moins que ce choix scénaristique est ici malheureusement un peu mal appliqué. Loin de moi l’idée donnée de leçon a qui que ce soit, mais pour avoir été tenté par une idée similaire, je sais que si l’on n’y prend pas garde on peut vite perdre le spectateur.

C’est d’autant plus dommage qu’il y a au moins deux solutions assez simples à mettre en place pour corriger le problème. La première, et la plus facile, aurait consisté tout simplement ajouter une petite indication textuelle. Par exemple, on démarre un épisode avec Ciri, sans indication de temps. Puis on enchaîne avec Geralt en précisant le nombre d’années, de semaines, de jours ou de mois en arrière. Et lorsque vient le tour de Yennefer, on indique également à quelle époque nous sommes. Inutile cependant de répéter cela à chaque changement d’époque, le faire une fois en début d’épisode suffit, pas besoin non plus de prendre les spectateurs pour des idiots, comme hélas cela est trop souvent le cas. Malheureusement, ces indications n’existent pas, il faut donc que le spectateur soit attentif pour voir ou entendre les premiers détails, même si ceux-ci sont suffisamment mis en avant. Pour autant, il n’aura pas toujours l’envie de tout remettre dans l’ordre dans sa tête. L’avantage de cette solution, c’est qu’elle peut encore être ajoutée, pour la sortie en Blu-ray de la série par exemple, même si je doute que cela arrive. Au moins on peut espérer que pour la saison 2, le récit aura une chronologie plus classique, ou au minimum des indications temporelles plus claires.

L’autre solution est plus classique, mais ne peut pas être mise en application après la sortie de la série. Encore que des fans seraient bien capables de remonter toute la série dans l’ordre. Cette fois-ci, l’idée aurait tout simplement été de raconter toutes ses histoires d’une façon plus linéaire, tout en réservant certains épisodes à un personnage en particulier. Ainsi on aurait commencé par toute une série d’épisodes relatant plusieurs aventures de Geralt. Puis, avant sa rencontre avec Yennefer, on bascule dans le passé pour raconter la genèse de la magicienne. Pas besoin d’une indication temporelle claire, les indices déjà présents dans la série suffisent. On continue ensuite avec les deux épisodes qui relatent la rencontre entre les deux personnages et l’évolution de leur relation. Et enfin, on termine avec les deux derniers épisodes dédiés à la chute de Cintra et la fuite de Cirilla. Rien que d’en parler ça me donnerait presque envie de le faire moi-même tiens.

Pour autant est-ce que ce serait une si bonne idée ? En théorie oui, ça rendrait l’ensemble de la série beaucoup plus clair. Mais est-ce que ce serait vraiment mieux ? Qu’en serait-il de la volonté artistique qui est derrière ce choix ? Qu’en serait-il de la destinée, qui est le thème principal de la série ? Car, malgré une chronologie bancale du fait du manque d’indication, ce choix narratif n’a pour autant pas été fait à la légère. Il y a un véritable travail d’écriture derrière et une véritable volonté artistique visant à mettre en parallèle le parcourt des trois personnages les plus importants, jusqu’à ce que leur destiné les pousses à se rencontrer. Comme l’illustrent parfaitement les médaillons au début de chaque épisode, qui fusionnent lorsque les différentes destinées se rejoignent durant le dernier épisode.

Finalement, le mieux à faire, tout en respectant le travail de Lauren Schmidt Hissrich, c’est encore de simplement ajouter quelques petits indicatifs temporels.

Verdict

En conclusion, malgré une grosse faiblesse chronologique, ç’a été un véritable plaisir de redécouvrir un de ces univers que j’apprécie beaucoup. Vivement la saison 2 l’année prochaine, d’ici là il y a largement le temps de découvrir ou de redécouvrir cet univers à travers les romans d’Andrej Sapkowski et les jeux de CD Projekt Red.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *